COMMUNIQUER N’EST PAS (QUE) INFORMER

Alors que notre quotidien est submergé de symboles, je suis toujours surpris de croiser des chefs d’entreprises pour lesquelles les maîtriser relèvent de l’accessoire, voire de la perte de temps. Pour eux, il suffirait de “passer l’information” pour communiquer. A quoi cela tient-il ? A partir de quelques rappels sur ce que l’on sait de la communication, voici quelques pistes pour prendre conscience de ce que communiquer veut dire, et de ce qu’il convient de faire pour y exceller.

Si la communication était télégraphique…

La théorie cybernétique de l’information voit le jour en 1948 avec le mathématicien Norbert Wiener. On la résume par le schéma simplifié “émetteur → message → récepteur”, auquel s’ajoute la notion de “feedback” qui auto-alimente le système.

Modèle de Shannon et Weaver

A cette époque, la cybernétique représentait l’Eldorado du progrès. Poussés par la volonté de vulgariser leur propos, Claude Shannon et Warren Weaver généralisèrent la théorie cybernétique de l’information en une théorie générale de la communication.

Ce faisant, ils entretinrent le flou conceptuel entre “information” et “communication”. Ils popularisèrent l’idée d’une communication humaine semblable à des interactions mécaniques, une transmission d’information digitale, un échange de télégrammes, en quelque sorte, faisant abstraction de la nature parfaitement analogique des interactions humaines.

De nos jours, la compréhension populaire de la communication est toujours influencée par ce schéma fort séduisant mais très réducteur.

Vers une vision orchestrale de la communication

Rapidement, d’autres auteurs (en particuliers Gregory Bateson au sein du groupe de Palo Alto) firent évoluer la théorie d’une vision télégraphique de la communication à une vision orchestrale, incluant bien d’autres paramètres :

  • Visuel : attitude, présentation, couleurs…
  • Auditif : tonalité, rythme, qualité de la langue
  • Kinesthésique : gestuelle, défilement sur l’écran, rythme des plans…
  • Légitimité, personnalité
  • Contexte, etc.

S’éloignant du modèle digital de Shannon et Weaver, ils montrèrent que “80% de la communication est non-verbale”.

De l’orchestral à l’anthropologique

Birdwhistell et Hymes approfondirent la connaissance du rôle des facteurs sociaux et culturels sur la communication, jusqu’à la définir comme une émanation directe de la culture du groupe.

Ils montrèrent que “communiquer, c’est se rendre prévisible”, c’est-à-dire que la communication est l’outil qui permet aux membres d’un groupe de se reconnaître comme semblables.

Ils ouvrirent la voie, avec Erving Goffman, à une conception anthropologique de la communication, qui fut ensuite développée par Yves Winkin, dont le livre “Anthropologie de la communication” a inspiré ce résumé.

MATHIEU SCHLEGEL

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